11 juin 2010

DC2.2 : Le mémoire de fin de formation

Je viens de commencer le stage à responsabilités de ma troisième année. Partie pour environ huit mois, je pense que cette expérience va aller à une allure folle et que la fin de l'année 2011 sera là sans que nous n'ayons eu le temps de nous rendre compte de tout ce qui nous mobilise. En outre, cette année est l'occasion de valider nos compétences : écrits professionnels (journal d'étude clinique, dossier de pratiques professionnelles...), mémoire de fin de formation, oraux, devoirs sur table... 
Après avoir eu quelques interventions (douteuses ?) et lu quelques astuces sur la réalisation du mémoire de fin de formation, j'ai décidé de me fabriquer une fiche méthodologique. Je me suis dit que ça pourrait être intéressant de la partager avec vous.
Attention, comme à mon habitude, je vous mets en garde sur le fait que même si tous ces éléments sont tirés d'ouvrages ou de conseils pris à droite et à gauche, il ne s'agit que de la fiche d'une étudiante. Par conséquent, ça n'est pas forcément un outil à prendre au pied de la lettre mais plutôt à appréhender avec un œil critique (moi-même vais-je peut-être la modifier en cours de route). Les ouvrages qui ont servi à la rédaction de cet article se trouvent à la fin.

Pour commencer, un petit rappel de ce que disent les textes et le référentiel de compétences. Il s'agit de rédiger un mémoire d’une cinquantaine de pages qui présente une problématique éducative élaborée par le candidat. Ce mémoire est soutenu devant un jury de deux interrogateurs pendant 30 min.

On peut dire que le mémoire, par la mise en pratique des quatre domaines de compétences et un questionnement abouti sur la place de l'éducateur spécialisé, constitue l'aboutissement de la formation. La réforme de 2007 a réaffirmé la nécessité du lien théorie-pratique dans l'élaboration du mémoire : il s'agit donc de produire ce qu'on nomme parfois un mémoire-projet (en comparaison au mémoire de recherche) en utilisant tout de même les méthodologies de recherche existantes. Difficile donc de trouver une méthodologie toute faite. D'un autre côté, tout en s'appuyant sur quelques méthodes, la place peut être laissée à l'inventivité et la créativité et je trouve ça très bien !

Pour voir des témoignages d'étudiants ayant passé leur diplôme cette année, cliquez ici

Pour cette proposition, j'ai distingué deux grandes phases méthodologiques. La première concerne la mise en place d'une problématique qui fait suite à un temps plus ou moins long d'observation active. Pour tenter de répondre à cette problématique, l'étudiant élabore une hypothèse. La deuxième partie est là pour vérifier l'hypothèse à l'aide d'une exploration théorique et d'une expérimentation (le projet).

Partie 1
De l'observation active à l'hypothèse de travail

=>> L’observation active
Il s’agit du recueil d’informations. Celui-ci se fait à l’aide d'un carnet du bord et de lectures variées (ouvrages généraux, spécialisés, revues, internet…). Dans l'ouvrage DC2 Conception et conduite de projet éducatif spécialisé, les auteurs désignent l'observation comme le fait que "l’éducateur spécialisé utilise son appartenance ou sa fonction dans un groupe pour l’étudier momentanément".

Au cours de cette étape, plusieurs niveaux peuvent être observés :
  • Le contexte global (champs d’intervention, vision historique, économique, sociale…)
  • Le secteur géographique à l’aide de moyens scientifiques (INSEE par exemple) et empiriques
  • Le service dans lequel le stagiaire est affecté : caractères objectifs (écrits, documents internes et externes, organigramme…) et caractères subjectifs (observation…)
  • La relation entre le travailleur social et la personne accompagnée (travail sur les représentations sociales, perceptions…)
  • La personne : qu’est-ce qui conditionne la demande ? D’où provient-elle ? A qui s’adresse t-elle ? Situations ? Enjeux ? Son réseau & environnement ? etc...
Joseph Rouzel, dans La pratique des écrits professionnels en éducation spécialisée, propose plusieurs méthodes pour l’observation :
  • La méthode linéaire et chronologique
  • La méthode par arborescence : cartographie mentale qui permet d’associer des idées à une notion, un concept
  • La méthode en sept questions : Quoi ? Qui ? Où ? Quand ? Comment ? Combien ? Pourquoi ?
  • La méthode des points de vue : utilisable en réunion où plusieurs opinions se confrontent (Nom des interlocuteurs/Sujets abordés)
  • La méthode SPRI (Situation, Problème, Résolution, Informations) utilisable pour la résolution de problèmes simples
  • La méthode des zonages (distinction entre faits observés et interprétation/ressentis/émotions…)
Bien entendu, l'intérêt lors de ce stage de troisième année est de combiner ces différentes techniques selon les situations abordées. On peut commencer par une méthode descriptive pour relater des faits, les journées passées sur le lieu de stage et passer à la méthode des zonages lorsqu'on sent que ça peut être cohérent. Même si cela peut sembler rébarbatif, il est certain qu'on ne retient pas tout et que lors de la réalisation des écrits pour la certification, des détails pourront nous être utiles !

=>> Les constats
Les observations amènent à formuler un certain nombre de constats. Ceux-ci doivent se baser sur un certain nombre d’observations mesurables et quantifiables, dénuées de tout jugement et de toute interprétation subjective.
Les constats délimitent donc déjà le sujet qui sera traité dans le mémoire. Ils peuvent s’appuyer sur différents éléments : une rupture dans le quotidien, un paradoxe, une divergence d’opinion, la récurrence d'un problème, etc…

=>> La question de départ
Les constats effectués doivent amener l’étudiant à formuler une question de départ, qui va constituer le fil rouge de la recherche. Elle doit se formuler dans l’idée de « Comment faire pour… ? » puisqu’elle a une visée de résolution et d’action (le projet).
Pour la rédiger, le site Internet SOS Réseaux préconise de partir de questions complexes qui ne trouvent pas de réponses, ni sur le terrain, ni dans la recherche théorique, en tout cas pas directement. Il faut ensuite la tester auprès de formateurs, amis, collègues pour s’assurer qu’elle est compréhensible par tous.
Ex. d'une question de départ : Par quels procédés éducatifs l’éducateur spécialisé amène les enfants de l’IME Sourire à la socialisation ?

=>> L’éclairage conceptuel
A cette étape, il s’agit de rechercher des concepts ou notions inhérents au sujet de la question de départ afin de l’affiner et d’arriver à une problématique.

=>> La problématique
« Formulation d’une question centrale concernant ce qui pose problème dans le sujet traité. Elle soulève un paradoxe visible ou invisible »
« Raisonnement articulé qui permet d’envisager des hypothèses de travail à travers et à partir d'un questionnement, qui précisera progressivement l’orientation de la recherche ; cette progression débouchera sur l’hypothèse »
« La problématique éducative peut être considérée comme un processus de compréhension du problème social et existentiel nécessitant l’établissement du projet, dans sa complexité irréductible »

Pour construire une problématique, plusieurs étapes peuvent être envisagées :
  • Repérer les différents aspects du problème (sociologie, psychologie, politique, etc…) ainsi que le vécu de ce problème par les personnes concernées (personnes accompagnées, professionnels, hiérarchie…), identifier les liens et les oppositions
  • Référer son travail à un cadre théorique précis
  • Expliciter le choix de la problématique
=>> L’hypothèse 
C'est une réponse proposée à la problématique choisie, c’est une thèse de départ, une supposition, une proposition que l’étudiant mettra à l’épreuve à l’aide d’un projet. Elle est l’aboutissement de la phase exploratoire qui a précédé. C’est une explication admise temporairement concernant des phénomènes donnés.


Partie 2
De l'hypothèse à l'expérimentation


=>> Exploration théorique
Il s’agit ici d’affiner l’hypothèse par de nouveaux éclairages conceptuels.

Cette phase peut également se faire à l’aide d’outils méthodologiques complémentaires (pour plus d'informations, voir l'article Une méthodologie de recherche en travail social) :

  • Questionnaire (méthode déductive)
Outil qui révèle les pratiques et les représentations mentales des individus. Recherche de relations de cause à effet entre plusieurs facteurs. Utilisation de questions ouvertes ou fermées (items de choix), utilisation d’un échantillon représentatif.
Étapes : Fabrication, exploitation statistique, analyse

  • L’entretien
Capacité à mettre en évidence le contexte social des pratiques et les idées des personnes. Cette méthode peut être utilisée à la suite d'un questionnaire par exemple qui, lui, ne donnera pas le contexte social dans lequel les personnes ont répondu. L'entretien est utilisé de multiples manières :
* Entretien non-directif (méthode inductive) : cette forme d'entretien peut être utile dans le cas de la démarche anthropologique lorsque notre hypothèse n'a pas encore été formée. Les personnes nous guideront ainsi vers des sujets ou problématiques auxquelles nous n'aurions pas pensé
* Entretien semi-directif (méthode inductive et déductive)
* Entretien directif (méthode déductive)

Étapes de l’entretien :
* Construction du guide d’entretien : il s'agit tout simplement des questions que l'on va poser à la personne interviewée. Il est important de réfléchir à leur ordre et à leur formulation ; en effet, on ne doit pas induire les réponses et donc être vigilant. Aussi, le vocabulaire doit être adapté au public interrogé.
* Recueil de la parole
* Transcription des entretiens
* Analyse de contenu (résumé ou interprétation)

  • Recherche documentaire (sources objectives)
Celle-ci permettra de compléter, de confirmer ou d'invalider les données recueillies au travers des différents outils méthodologiques.

=>> Exploration de terrain (Élaboration de projet)
Il s’agit ici d’émettre des propositions éducatives, au regard des découvertes qui auront été faites auparavant. Tout projet devra être intégré dans le projet global de l’établissement et correspondre également aux projets individualisés des personnes accueillies.

La réalisation du projet doit impliquer l’éducateur spécialisé et cela doit être transmis dans l’écriture du mémoire. Le projet doit présenter des finalités, des objectifs généraux et des objectifs opérationnels découpés en séquence réalisables dans le temps.

Pour aller plus loin, lire Le projet, oui mais lequel ?


=>> Evaluation du projet
Une fois le projet réalisé ou impulsé, l’évaluation est un « processus dynamique qui tente de mesurer les changements objectifs et subjectifs produits dans la situation des usagers ». C’est aussi une manière de préparer la fin du projet ou éventuellement son renouvellement.

Christina de Robertis, dans son ouvrage Méthodologie de l’intervention en travail social distingue trois niveaux d’évaluation selon le point de vue abordé :
  • Le point de vue de la personne accueillie : « l’usager est appelé à évaluer sa propre situation, les changements tant externes qu’internes », à donner son avis, à poser un regard critique sur le projet, à proposer des modifications si besoin, etc…
  • Le point de vue du travailleur social : selon l’auteur, le professionnel axera son évaluation sur quatre points principaux :
* La mesure quantitative (durées, combien de…, combien de fois…)
* L’analyse des résultats (degré d’atteinte des résultats, évaluation des écarts)
* L’analyse de l’impact (repérage des effets bénéfiques ou indésirables qui se sont produits autres que ceux recherchés)
* L’analyse de sa propre intervention (quelle a été notre implication ? Qu’est-ce qu’on en retire ?)
  • Le point de vue de l’institution : il s’agit ici davantage de l’évaluation interne donc je ne m’attarderais pas.

Pour mener cette évaluation, l’éducateur spécialisé devra construire des outils :
  • Le carnet de bord et tous les écrits permettent d’avoir du recul sur des actions menées
  • L’arborescence des objectifs et indicateurs : cet outil doit être construit au moment de la mise en place du projet. Voici la proposition de Christina de Robertis.

Bien entendu, le nombre d’objectifs/indicateurs varie en fonction des situations et du projet choisi

  • L’auto-questionnaire est un outil qui permet, à partir des données recueillies, de rendre visible le cheminement, les actions et les acquis produits par l’intervention (questions sur les besoins repérés au départ, le contenu de la réflexion théorique, le contenu du projet avec mise en évidence des objectifs/résultats, le pourquoi de la réussite/échec du projet, etc…)
  • L’échelle de mouvement : mesure de l’évolution d’un projet entre un moment X et un moment Y. Par exemple :
Logement : très amélioré/un peu amélioré/aucun changement/un peu dégradé
Santé : excellent/bon/passable/moyen/médiocre/mauvais/exécrable

Les ouvrages

Éducateur, ce métier impossible - livre dc2 dees formation éducateur spécialisé
Stéphane RULLAC, Cécile SORIS, DC2. Conception et conduite de projet éducatif spécialisé, DEES, Vuibert, 2008










Éducateur, ce métier impossible - livre christina de robertis méthodologie intervention travail social
Christina de Robertis, Méthodologie de l’intervention en travail social – Nouvelle édition, Bayard, 2008

Note : Attention, cet ouvrage serait davantage pour les assistantes de service social mais il y a des pistes que j'ai trouvé intéressantes





 
Éducateur, ce métier impossible - livre rédiger mémoire travail social
Bernard DOBIECKI, Rédiger son mémoire en travail social, Toutes les clés pour le réussir, ESF Éditeur, 2008
  
Note : Attention, cet ouvrage n'est pas directement en lien avec le DEES mais permet des éclairages





 
Éducateur, ce métier impossible - livre joseph rouzel les écrits professionnels éducation spécialisée
Joseph Rouzel, La pratique des écrits professionnels en éducation spécialisée, Méthode et cas concrets, Dunod












Internet

Éducateur, ce métier impossible - site SOS Réseaux

14 commentaires :

  1. Merci pour ces éclaircissements et pour le boulot que tu fais! Je suis aussi en 3ème année et partager nos points de vue permet d'avancer.
    G.R.

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  2. Super, merci!!! Mais pour moi la grande question reste le projet!! S'agit il d'une médiation éducative? Ma référente de stage me dit que non, que cela peut être un projet d'accompagnement individuel!!

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  3. Salut Anonyme,

    Effectivement, le projet peut être une médiation éducative... mais pas que ! Ça peut aussi être un projet individualisé, si la démarche que tu auras prise est transférable à d'autres personnes. Il faut que tu sois en mesure de le démontrer. Forcément, ça comporte une part de risque mais c'est faisable... en tout cas dans mon école !

    Bon courage !

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  4. si le projet peut être individualisé,est ce que je peux faire mon écrit sur un projet de groupe ?
    Merci.

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  5. Merci pr toutes ces explications. Je vais débuter la deuxième partie du mémoire, ca m'aidera bcp !!

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  6. J'en suis ravie ! Bon courage !

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  7. Merci pour toutes ces infos !
    Une petite question concernant la police de caractère, savez-vous lesquelles peut-on utiliser pour l'écriture du mémoire ?
    Merci d'avance pour la réponse ! =)

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  8. Salut Caroline,

    Je conseillerai Times New Roman, 12 avec interligne 1,5 et texte justifié.
    Bon courage !

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  9. merci beaucoup beaucoup!!! je suis en stage à l'ASE et honnêtement je panique à l'idée d'un projet, je ne sais pas par quel bout m'y prendre tellement les besoins, paradoxes, stigmatisations diverses et variée des gens sont importants...je ne sais pas du tout quoi faire!!!! je vais creuser toutes les indications que tu donnes! merci
    ps: si quelqu'un a des idées faites moi signe!!!

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  10. il y aussi un bouquin qui est sorti : le mémoire professionnel de l'éducateur spécialisé, chez esf !

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  11. Merci pour ces éclairages ... je suis en dernière année comme la plupart des personnes qui atterrissent sur cette page "mémoire" ... et ma difficulté est que je n'arrive pas à passer de mon "grand questionnement de départ" à la problématique ... :-/

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  12. Je suis en train de rédiger mon mémoire et je me suis aidée de ton livre publié, qui m'a grandement aidé :)

    Mais j'ai procédé autrement, j'ai fait une partie sur l'institution, une deuxième sur le projet dans lequel je me suis inscrite (il a débuté après que je sois arrivée en stage mais le diagnostic s'est fait avant), et une troisième sur mon positionnement professionnel... Est-ce que c'est bien ou pas ?

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