30 avril 2010

L'association CASA, un lieu d'accueil inconditionnel

J’ai l’immense plaisir d’inaugurer le premier reportage du blog « Educateur, ce métier impossible ». En effet, après un an et demi d’existence du blog, j’ai eu envie de partager la connaissance de dispositifs innovants et atypiques, dans la mesure de mes disponibilités et de celles des associations. Je présenterai donc aujourd’hui CASA, le Collectif d’Action des Sans-abris, une association d’Avignon qui gagne à mon avis à être connue et qui peut également faire réfléchir à la place de l'éducateur face à une personne en difficulté.




« On imaginait un lieu où toutes les personnes seraient accueillies pour se poser, toutes les personnes alcoolisées, les toxicomanes, les personnes handicapées, les personnes avec des chiens… un lieu à nous qui réponde à ce que chacun est »

L’association CASA naît en 2001 grâce à l’action spontanée de personnes sans-abris, à Avignon. Hormis la volonté de vaincre l’exclusion, les personnes concernées souhaitaient sortir de la position de bénéficiaires trop souvent impliquée par les dispositifs ordinaires et devenir les acteurs de leur parcours.
Durant un an, un immeuble sera occupé rue des infirmières à Avignon jusqu’à l’expulsion de ses membres par la Mairie. L’association existera au début grâce à des systèmes d’échange et de dons.

En octobre 2002, les statuts de l’association seront rédigés et présenteront des finalités claires :
  • Susciter des moyens afin de permettre aux personnes en danger physique ou moral de se situer au-dessus du seuil de pauvreté,
  • Observation et vigilance quant au respect du droit et de la dignité des usagers
  • Avancée humaine et culturelle de chaque personne
  • Gestion de structures d’accueil
  • Organisation d’activités socioculturelles
  • Prestations de service

Entre 2003 et 2005, quatre services dépendant de l’association CASA verront le jour.



La Villa Médicis

La Villa Médicis fonctionne de manière effective depuis 2003. Centre d’Hébergement et de Réinsertion Sociale offrant des prestations de stabilisation depuis 2007, ce lieu propose un accueil inconditionnel aux personnes en situation de précarité.
La notion d’accueil inconditionnel consiste à éviter les critères limitant l’accès à la Villa Médicis. En effet, ni la possession d’un animal de compagnie, ni le fait d’être sous l’emprise de toxiques n’est un frein à l’accueil d’une personne. Attention toutefois à ne pas associer « inconditionnel » avec « inertie ». L’association CASA justifie d’une souplesse large en terme d’accueil et de fonctionnement. En parallèle, il existe une forte exigence d’implication de soi à travers la relation à l’autre, la participation aux moments d’échange, l’entretien d’une réflexion commune autour du « vivre-ensemble »…
Aucune durée n’est fixée au séjour puisque l’association considère le caractère temporel de l’accompagnement comme un élément sécurisant et nécessaire.
La Villa Médicis héberge vingt personnes et son équipe est composée de travailleurs pairs et de professionnels. Cette composition permet de promouvoir des principes d’autogestion. L’association CASA considère ainsi que les personnes sont détentrices d’un savoir et d’une expérience qu’elles peuvent allier avec des professionnels eux-mêmes détenteurs d’une qualification afin de faire vivre le lieu et d’interroger le dispositif au quotidien.
Les personnes accueillies le sont dans des modules d’habitation de type « Algéco ». Cette installation avait au départ un caractère temporaire ; aujourd’hui, ces modules sont encore là mais il est prévu le remplacement de ceux-ci dans l’année et un déménagement dans les trois années à venir.

Dans cette vidéo, vous pouvez découvrir le témoignage d'une habitante de la Villa Médicis. Cet échange s'est fait lorsque l'association "Les enfants de Don Quichotte" a installé ses tentes à Avignon (Mars 2009)

Compte tenu de l’aspect inconditionnel de l’accompagnement, on peut aisément s’interroger sur les critères d’admission. Il existe en fait une commission chargée d’orienter les personnes actuellement composée du Service d’Accueil et d’Orientation du Vaucluse, du 115, d’Aides, de l’Avapt ou encore du service Médiation de rue de l’association CASA.
Une procédure d’accueil et de séjour est ainsi mise en place dès l’arrivée d’une personne à la Villa Médicis.


L’association a choisi de ne pas imposer aux personnes accueillies l’habituel entretien de pré-admission afin de rester dans l’idée d’héberger les personnes avec ce qu’elles sont et d’éviter les phénomènes de répétition. La seule condition à l’admission réside dans l’acceptation de la Charte d’Accueil par la personne, texte qui propose 13 principes régissant la vie en collectivité.
Ainsi, l’accueil des premiers jours est plutôt destiné à répondre aux besoins primaires de la personne et à lui laisser le temps de découvrir le lieu, s’installer, trouver des repères, etc… Ce n’est qu’après quelques semaines qu’un projet sera mis en place par la personne elle-même. Là aussi, l’idée réside dans la pleine participation de la personne à son projet ; il lui est demandé de s’interroger sur la suite de son parcours et de définir des étapes à celui-ci. En fonction des différentes aspirations de la personne hébergée, l’association CASA proposera son savoir-faire et signera le projet. Celui-ci est ensuite revu tous les trois mois pendant un entretien au sein duquel sont conviées toutes les personnes que souhaite inviter la personne.

Je vous invite vivement à consulter le projet ou encore l’agrément CHRS qui expose clairement les principes de l’association CASA et du travail communautaire
Educateur, ce métier impossible - site villa médicis casa avignon
Cliquez sur l’image pour accéder à la page


Le service Médiation de Rue

Existant depuis novembre 2005, l’équipe mobile s’inscrit directement dans le travail effectué par l’association CASA. Ils agissent à différents niveaux :
  • Maraudes
  • Maraudes ciblées (suivi des personnes connues)
  • Accompagnement social
  • Médiation (entre les personnes et les riverains)
L’équipe est composée d’une éducatrice spécialisée et de deux travailleurs pairs.

"(...) le travail avec des pairs, à mon sens, c'est bénéficier au sein de l'équipe de l'expérience de 'vie' et donc de terrain de personnes qui ont vécu des situations parfois similaires à celles des personnes que nous accompagnons au quotidien. Cette expérience de 'terrain' des médiateurs de rue peut être une porte d'entrée dans la relation éducative", Aurélie D., éducatrice spécialisée


Le GEM Mine de rien





« Le GEM est un espace associatif alternatif et convivial où les personnes adultes en situation d’isolement et de souffrance psychique peuvent se retrouver, s’entraider entre pairs, organiser des activités visant tant au développement personnel qu’à créer un nouvel ancrage dans la réalité sociale »

Un certain nombre de personnes adhérentes du GEM Mine de rien se rendent régulièrement à l’Espèce d’Espace afin de partager leurs savoir-faire et faire vivre cette dynamique d’entraide.







Le GEM Mine de rien a mis en place un blog sur lequel on peut y voir les différentes activités qui sont menées dans le cadre des ateliers à l’Espèces d’Espaces.

Pour accéder au blog, cliquez sur l’image qui suit
Blog GEM Mine de rien association CASA avignon


Un après-midi à L’espèce d’Espace

Ca commence par l’ouverture des portes à 14h00. Un peu moins de dix personnes entrent et emplissent le lieu de joyeuses paroles. Des mains serrées, des sourires, des « Comment ça va ? ».
Aujourd’hui c’est ateliers « arts plastiques » avec Janine, artiste plasticienne de formation et, comme le veut l’Espèce d’Espace, ce lieu est ouvert à tous ; résidents de la Villa Médicis, usagers du GEM Mine de rien, citoyens et citoyennes.
Certains s’installent, habitués. D’autres font du café. On discute, l’ambiance est bonne enfant. Dans le cours de l’après-midi, certains ne feront que passer dire bonjour et repartiront, les autres s’attelleront à créer selon l’inspiration du moment. J. trouve que les produits en magasin sont bien trop chers et préfère les fabriquer lui-même, M. fait de la poterie, Y. me montre une de ses œuvres de type BD au message évocateur…
Certains viennent tous les jours à l’ensemble des ateliers (multimédia, vidéo, cuisine…) depuis de nombreuses années, d’autres découvrent le lieu depuis seulement quelques mois mais disent s’y sentir bien accueillis.

Ici on peut avoir un chien, il sera accueilli avec chaleur. On peut être sous l’emprise de l’alcool ou de toxiques, l’accueil se fera. Ici on accueille les personnes avec ce qu’elles sont et on ne leur demande pas de se justifier.
Du coup, on sent comme une prise de pouvoir par les personnes de cet espace et de leur quotidien. Loin d’être des bénéficiaires, les personnes viennent au minimum avec une intention de relation à l’autre et éventuellement avec un projet de création. Par exemple, P. vient régulièrement depuis un mois et s’est découvert une passion pour les lettres, les mots. « Tout ce qui me passe par la tête, tout ce que j’ai envie de réaliser », m’a-t-il expliqué. D’abord sur des feuilles Canson, il en est maintenant à travailler à même la terre. A l’instar de S. qui expose actuellement ses photographies à Marseille, P. aura-t-il l’occasion de monter un projet à partir de sa passion ?
Puis vers la fin de l’après-midi, Adel passe avec son collègue. Il est tombé amoureux d’une résidente de la Villa et il espère, en venant à l’Espèce d’Espace, la croiser et lui offrir son plus beau numéro de charme. En attendant, il boit un café et discute joyeusement. Il a ramené un exemplaire du dernier Géo parce que, selon lui, « la culture doit dépasser la religion et la politique » et me l'offre. Beau souvenir. 

L’espèce d’Espace tire son nom d’un ouvrage de Georges Perec et désigne l’espace de tous les possibles, un endroit où chacun peut élaborer, inventer, créer, y mettre du sien… C’est un lieu culturel qui est sous la responsabilité des habitants et de l’association, ouvert sur l’extérieur et fidèle à la vocation de CASA de créer du lien social.


Je tiens à remercier l'association CASA pour m'avoir ouvert ses portes il y a quelques mois. Plus particulièrement, je souhaiterais exprimer ma gratitude à Laetitia HOMÉ-IHRY, coordinatrice de l'association CASA, Aurélie D., éducatrice spécialisée pour Médiation de Rue, Janine, plasticienne à l'Espèce d'Espace, ainsi que toutes les personnes qui ont bien voulu me faire part de leurs impressions et m'ont accueilli avec chaleur cet après-midi là à l'Espèce d'Espace.
Sans eux, cet article n'aurait pu être possible.

Info
L'association CASA recherche actuellement un(e) éducateur/trice spécialisé(e) pour le service Médiation de Rue. Contactez pour cela Renaud Dramais à direct@casa-avignon.org

27 avril 2010

La lettre de l'espoir

La photo suivante a été prise dans un contexte neutre et tente de représenter une certaine forme de soumission. Elle est soumise aux droits d'auteur.


J'ai l'occasion, pour des raisons que je n'exposerais pas ici, de communiquer par courrier avec une personne détenue, un homme plus précisément. C'est tout ce que je dirais de lui afin de conserver son anonymat et à la fois, je tenterais d'en dire beaucoup sur le poids de ses mots.
Sur son dernier courrier, S. a en effet surligné un certain nombre de mots ou morceaux de phrase. Je me suis longtemps demandé ce qu'il fallait en retenir et c'est en les regroupant les uns après les autres que m'est venue l'idée d'en faire un hommage.
Pas seulement pour lui. Pour les autres aussi. Ceux qu'ont des mots dans la caboche ou sur des cahiers, des mots sur des lettres d'amour ou simplement gravés sur les murs de leur cellule, des mots lancés ici ou là pendant la promenade, des mots perdus, des mots sacrés. Des mots qui deviennent importants tout à coup. Comme s'il fallait les faire exister. A défaut de parvenir à survivre soi-même.

C'est pas mon texte. C'est le sien. Ici c'est juste un espace choisi pour faire exister ces mots surlignés de jaune. Moi je reste simplement maladroite.



Information : Les propos ont été repris dans leur intégralité et sans en changer le contenu. Seules les fautes d'orthographe ont été corrigées pour plus de lisibilité.

24 avril 2010

Les gratignures

Mélange de pinceaux

folles couleurs et désinvoltes contrastes, nulle ombre au tableau

Les rêves s'envolent

et nous secouons la tête au rythme

du frisson

Les yeux sont presque clos et les larmes coulent

à l'envers

On ravale une âpre salive et on sourit sous la lumière 

Les pas caressent

l'herbe mouillée en s'accordant aux vibrations qui montent

Et moi sous ma capuche je me laisse séduire

par un rire hystérique

Les lucioles se sont mises à danser


Nous
on offre de la lumière à la nuit qui est tombée

Même si ensemble
On est si seuls

Les brins de bonheur s'accouplent en une étreinte

passionnée

Le corps fut le prétexte d'une expérimentation sans bornes

ni lois

Bribes d'une adolescence dévastée par l'anomie

L'inertie devint violence silencieuse où règne le dépassement de soi

La traversée s'est transformée 

en immersion totale

Pourtant

Les souffles des enchantés se taisent

et laissent fuir

l'éternité

Des envies

d'overdose. A n'en plus finir.