9 juin 2011

Et toi, ta formation ?

Depuis l'existence de ce blog, un espace Facebook existe, au sein duquel (futurs) étudiants, professionnels, non professionnels se côtoient et échangent autour de la formation et de pleins d'autres choses. J'ai toujours trouvé ça génial de faire émerger les forces d'un collectif et c'est donc avec un immense plaisir que je vous présente aujourd'hui des textes et créations de certaines personnes, en prépa ou en formation d'éducateur spécialisé. C'est une sorte de première fournée, les textes qui ne sont pas publiés aujourd'hui le seront sur le prochain article !


Éloïse, en prépa pour entrer en école d'éducatrice spécialisée, Dijon
Quand est-ce que tout ça a commencé..? Hum.. A la base, y'avait Le Social. Quand on me demandait ce que je voulais faire c'était « dans l'Social ». Bien beau de dire ça mais le social, c'est large. Mon dentiste fait dans le social, la coiffeuse et le barman aussi, tout comme le psy et le boulanger. Il y a en chacun de ces métiers ce côté relationnel, ce lien entre les gens. Alors il fallait en trouver un pour lequel je me voyais me lever tous les matin, et avec le sourire !
Puis un jour j'ai découvert cette prépa aux concours ES/ME. On a tendance à les désapprouver pour leur « formatage » mais celle ci m'a été présenté autrement et au contraire très ''auto-formatrice" du fait qu'elle soit constituée d'un stage long. Alors j'me suis lancée ; j'ai passé le test d'admission et j'ai été reçue. La formation théorique durait huit semaines et le stage vingt. À raison d'une semaine de cours pour trois de stage. Méthodo, séances de débat sur l'actualité, visites dans différentes institutions, oraux, écrits, tout cela en travaillant chaque semaine autours d'un thème différent... Nous avions de quoi faire.
 Je me souviens du moment où je suis allée signer la convention de stage. Il faisait beau. Je me suis perdue à travers les vignes Côte d'Oriennes puis j'ai fini par arriver : « Foyer C. »
Centre d'Activités Adaptées pour adultes déficients.
J'ai ouvert la porte et j'ai vu ces cinq hommes se lancer vers moi, main tendue et sourire aux lèvres. Et là j'ai eu peur de reculer. J'ai failli reculer. Mais je n'ai pas reculé. Quand ma tutrice de stage m'a fait visiter l'institution, l'un des résidents m'a suivi en m'expliquant la fonction de chaque salle et en me présentant les ''zéducateurs''. Lorsque je suis rentrée chez moi j'avais hâte que le stage commence...
Les premières semaines j'observais le fonctionnement de l'institution en intervenant en doublure avec les éduc's. J'ai pris le temps de découvrir les activités et leurs objectifs tout en ayant une première approche des résidents. J'ai vite compris que ma « peur d'avoir peur » du handicap était dépassée. Puis chaque membre du personnel avec qui j'ai été en contact a su me transmettre sa passion. Ils m'expliquaient leur parcours, me parlaient de leurs expériences et me faisaient participer à la dynamique de l'institution. C'est comme ça que j'ai pris mes marques. Vers la fin du stage j'ai expérimenté les effets de la musique sur le comportement. J'ai commencé par sélectionner une liste de musiques correspondant aux goûts des résidents et pendant les activités au lieu de mettre la radio je leur faisais écouter. Le résultat était plutôt positif ; on a pu en discuter, chanter, danser... Vivre l'instant présent dans la bonne humeur. Je n'ai pas pu approfondir mais ça m'a donné envie de faire une formation sur la musique dans le but d'en faire une sorte de technique éducative.
C'était mon premier contact avec le monde du handicap et je n'ai plus qu'une hâte c'est de continuer dans cette voie. J'ai 20 ans, et tout ceci n'était que le début. Vivement l'entrée en formation..
Atelier photo en lycée dit "difficile"

Kinam Samali
Apprentie-éducatrice a l’EPSS, Cergy
Je m’en souviens encore comme si c’était hier, heureuse d’avoir passé le cap des concours, d’être à l’école d’éducateur spécialisé, pensant naïvement que les formateurs m’apprendraient à devenir « une bonne éduc’ ».
Cependant au cours de ces trois ans, j’aurai souvent l’impression d’être une étudiante, assise derrière ma chaise, présente mais absente psychiquement face à des cours souvent magistraux, théoriques, monotones, et sans vie. Mais où sont passés les débats animés qui devaient susciter ma réflexion, et mon éthique ? Heureusement pour moi, j’aurai la chance de rencontrer des intervenants formidables qui me marqueront par leurs motivations, leur vision du métier, leur personnalité, et la manière d’accompagner des personnes souvent abimés par la vie. De vivre des temps forts, pour n’en citer que quelques-uns, je me souviendrai des « techniques éducatives » où notre promo s’est soudée, ou j’ai appris et réappris à me connaître et à me dépasser, tout comme la mise en place et la réalisation « du projet collectif » qui fut une véritable expérience humaine et enrichissante. Si la rencontre est un mot clé de ces trois ans, elle s’est aussi opérée lors de mes expériences pratiques.

Mais par où commencer ? Ayant choisi de faire ma formation en apprentissage, c’est en MECS (Maison d’Enfants à Caractère Social ou internat éducatif) avec des enfants de six à quatorze ans, pour parler le jargon social, que j’ai mis les pieds pour de vrai dans l’éducation spécialisée.
Je découvrirais au fur et à mesure un fonctionnement de travail spécifique qui sont les horaires décalés, le primat du quotidien, une organisation de travail proche de l’environnement familial. Je prendrais mes marques, je deviendrais plus qu’une apprentie mais une collègue pour les uns et les autres. J’apprendrais à travailler avec les familles, à écrire un rapport éducatif, à participer aux audiences. Les enfants m’appelleront « maman », m’insulteront, me demanderont des bisous de bonne nuit, des câlins ; j’aurais aussi un casier rempli de dessins, je partirais en vacances avec eux…
J’aurai vu ces huit petits bouts grandir, certains partir, d’autres arriver, pour me rendre compte que si parfois je les déteste parce qu’ils me poussent à bout, me cherchent, m’énervent. Au final, ils sont attachants surtout lorsque j’ouvre la porte du groupe et qu’ils s’approchent vers moi en criant mon prénom pour me faire un câlin.

Ah les stages !!!! Autre étape de la formation en première et deuxième année qu’il faut chercher à la hâte, juste au moment où je commence à prendre mes marques sur mon terrain d’apprentissage. Stage qu’il faudra quitter au bout de trois semaines au moment je commence à créer du lien, et à comprendre ENFIN le fonctionnement de la structure, le rôle de chacun, et le pourquoi du comment. Ce n’est pas un peu frustrant quand même ?
Tout ça pour dire que ma rencontre avec les enfants autistes fut perturbante, déstabilisante, et enrichissante (après coup, avec du recul), moi qui appréhendais le handicap…
Lorsque les cris, la bave, les stéréotypies, les crises, les pipis et le caca remplacent les mots ou les compensent, il m’a fallu aller chercher plus loin que l’image que me renvoyaient les enfants autistes pour être en mesure de pouvoir les accompagner dans leur quotidien.
Il faut du temps que les stages ne nous permettent pas toujours. Du temps pour dépasser ses appréhensions, du temps pour se rendre compte qu’au fur et à mesure des journées, les « difformités » laissent place aux capacités de chaque enfant, et lorsque enfin, j’arrive à jouer avec eux en atelier, à les prendre dans mes bras, à les changer, il faut m’en aller.

A l’heure actuelle, je ne suis plus la même, je parle de mon « futur » métier avec des mots précis et clairs. Je frissonne lorsque l’on utilise le terme « cas social ». J’ai grandi, j’ai maturé, et je me rends compte que je suis devenue éducatrice au fil des jours, des rencontres, des difficultés, des remises en question, mais surtout avec une formation !!!


Fanny, en formation, Marseille
Remuante !
Emouvante !
Naturellement formative !
Créative !
Ouverte !
Nourrissante !
Tout terrain !
Révélatrice !
Etonnante !
Stressante …

Galooz, en fin de formation, Marseille
Une formation….vécue comme des montagnes russes, avec des hauts, des bas, des ralentissements, des accélérations… embarquée avec des amies… et qui te donnent ce frisson qui parcours tout ton corps…en bref…une très belle montée d’adrénaline parsemée d’expériences et de rencontres inoubliables…

La suite des textes est ici

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